Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 23:33

Góðan dagínn, eg heiti Svali.

Bonjour, je m'appelle Vent Frais.

 

Laissez-moi vous conter mon histoire.

Je suis un petit cheval islandais.



Petit, car tous les chevaux islandais sont petits par rapport aux standards européens. Chez vous, pour être appelé cheval, il faut mesurer plus d'1.47 m au garrot, dans mon île tous mes parents mesurent entre 1.25 et 1.45 m.

Ne dîtes surtout pas aux Islandais que nous sommes des poneys !!!

Aujourd'hui, chez vous également, vous avez compris qu'il faut nous appeler CHEVAUX !!!

 

En Islande, nous sommes élevés  en race pure depuis plus de mille ans l’importation de chevaux ayant été interdite depuis l'an 930, soit moins de soixante ans après le début de la colonisation de l'île (874).
Comme tous les équidés du monde, toute ma famille est issue d'un cheval sauvage.

Celui-ci qui évoluait dans les steppes de l'Europe de l'ouest jusque vers les toundras d'Asie de l'est.

Il y a plus de douze siècles, les vikings débarquèrent avec leurs chevaux. Mes arrière-arrière-arrière grands-parents appartenaient à la race scandinave, vraisemblablement apparentés au Fjord actuel et au Tarpan (éteint en 1880), les autres étaient d'origine d'Europe de l'ouest et possédaient des ancêtres celtes.







Cheval "fjord"















Photo : Wikipedia

Toute ma famille est issue de ce seul patrimoine génétique qui a joué un rôle essentiel dans la colonisation et l'exploitation de l'île.

 

L'élevage de mes ancêtres devint problématique à cause de la consanguinité, la race n'a pas connu les mêmes exigences sélectives que celles du continent à cause de l’isolement de nos fermes.

Une loi de 930, toujours en vigueur, interdit de faire entrer en Islande un cheval né dans un pays étranger.


Ainsi, mon cousin, Beint Afram, Droit Devant ; parti pour une compétition en France n'est jamais revenu : un cheval islandais qui sort  du pays  ne peut y reposer les pattes.

 









mon cousin :
Beint Afram








C'est la même chose pour croiser des chevaux islandais nés à l’étranger avec ceux d’Islande, il faut importer un étalon ou une jument. Tous les ans, chaque famille pleure un des leurs qui ne reviendra jamais sur sa terre natale.

Et dire que ça dure depuis la colonisation par les vikings il y a plus de mille ans.

Et ce n'est près de s'arrêter…

 

Nous, les chevaux islandais possédons cinq allures au lieu des trois du reste du monde équin. Outre le pas, trot et galop il faut ajouter l’amble volant (skeid) et le tölt qui sont des allures naturelles et non issues du dressage.


 






Le tölt









photo : Florence Garde FFCI


Le tölt est l’allure la plus confortable pour notre cavalier. Elle comporte quatre temps dont les posés coïncident à ceux du pas, mais elle fluctue de la vitesse du pas à celle du galop.

Ainsi, les secousses sont réduites au minimum nous pouvons couvrir avec notre cavalier de très longs parcours sans fatigue.


L’amble est une allure sautée par laquelle l’antérieur et le postérieur d’un même côté se lèvent ensemble.

Les allures latérales (tölt et amble) se rencontraient chez tous les équidés au début du millénaire (haquenées de dames et chevaux de curés, à cause de leur confort) mais ont disparu avec l’apparition des routes sur le continent et donc des attelages ainsi que l’utilisation par l’armée des chevaux.

La disparité de nos  robes (celle du cheval, pas celle du curé ni celle de la dame !!!) est très importante.




Elle offre une véritable panoplie de couleurs puisque toutes les robes sont admises : gris, noir, café au lait, brun, alezan, pie, isabelle, rouan… sauf l'appaloosa.

Au printemps, nous perdons notre pelage d'hiver.











Les Islandais ont un respect tout particulier pour les chevaux qui conservent leur pelage blanc toute l'année.

Ce pelage blanc est un vestige de la période glaciaire où il nous servait de camouflage.

 

 








Mes frères et sœurs naissent généralement en juin après environ 11 mois de gestation.

Nos pattes sont courtes et vigoureuses, mais nous sommes pourvus de solides paturons et de sabots extrêmement durs pour nous déplacer sur les surfaces les plus dures et les plus glissantes. Il faut dire qu'en Islande, le temps est plutôt rude pour nous.







Notre crinière abondante laisse entrevoir nos petites oreilles

















Des tisserands filent les crins de notre crinière et de notre queue, comme la laine de mouton, pour confectionner des rênes et des cordes solides.

            

Nous sommes très appréciés car dociles, robustes, courageux, endurants, intelligents, d'humeur égale, attachés à notre maître et très accommodants. De plus, nous avons le pied sûr, ce qui est un atout majeur pour les sols islandais.

Nous demandons peu d’attention  et nous nous contentons d’une pitance plus diversifiée que les autres chevaux.

Nous nous nourrissons  de façon frugale (herbe et 7kg de foin pas jour).







L’hiver, nous grattons la neige pour brouter un peu de verdure ou de lichen.





Une alimentation trop riche est nocive pour notre santé.
Notre entretien est très facile, nous pouvons porter des charges considérables et collaborons harmonieusement avec le cavalier, bref nous sommes le compagnon idéal.



Nous ne sommes ni fragile ni frileux, notre poil doux et soyeux s’allonge de huit à dix centimètres durant les périodes de froidure.

Notre croissance est lente, on ne nous monte pas avant cinq ans.
Nous devenons adultes à sept ans et notre longévité est exceptionnelle (mon ancêtre le plus âgé est décédé à 57 ans).

En Islande les chevaux sont ferré à froid ou à chaud par de nombreux maréchaux ferrants.

En hiver, pour circuler sur les sols difficiles, neige ou glace ; on nous déferre.

Nous résistons bien aux maladies, mais en pays tempéré nous sommes sensibles à l'eczéma et aux insectes.

L'été, nous nous tenons à l'écart des points d'eau infestés de moucherons qui nous gâchent la vie.

 

En Islande, le cheval islandais est utilisé depuis plus de mille ans pour le transport : en effet, bien que nous soyons petits, nous portons sans problème un adulte sur de très longues distances.  Sur cette île aux terrains escarpés, nous transportions les habitants, reliions les villes entre elles, de manière rapide et efficace. Il ne faut pas oublier que le tour de l'île par la route n'a été effectif qu'en 1974.




On nous utilise comme cheval de conduite pour rassembler et faire migrer les nombreux et grands troupeaux de moutons
élevés sur l'île.




Les chevaux islandais s'imposent rapidement comme un élément essentiel de l'île, sur lesquels une bonne partie de l'économie repose jusqu'au XIX° siècle.                
 

Les plus robustes d'entre nous ont été utilisés pour transporter les troncs d'arbres échoués sur les côtes vers les contrées isolées au-delà des glaciers. Plus d'une fois, hommes, chevaux et biens disparurent dans des crevasses.

Autrefois, la morue séchée constituait l'alimentation de base des islandais. Elle était acheminée à dos de cheval des ports vers l'intérieur des terres en convois.

Pendant des centaines d'années, aucun pont ne franchissait les fleuves et les rivières. Sans les chevaux, il eut été impossible d'acheminer les marchandises d'une région à l'autre.

 

Aujourd’hui, l’Islande compte environ 82 000 chevaux, soit environ un pour trois habitants.

 

Parce que nous sommes robustes, peu exigeants, courageux, rustiques, dociles et résistants, nous, les chevaux islandais, avons longtemps été exportés vers les îles britanniques et la Pologne pour travailler dans les exploitations minières.








Une fois dans le puits de mine, plus aucune chance de revoir la lumière du jour.












Mon arrière grand-père, Svartur (noir), le dernier cheval islandais employé dans une mine britannique a pris sa retraite au cours des années 1980.

Comme ses congénères, il était devenu aveugle à passer sa vie dans le noir et rhumatisant à cause de l'humidité qui y régnait.

 

 Dans la deuxième partie du XIXème siècle, on dit que la peintre Rosa Bonheur aurait eu des chevaux islandais qu'elle peignait et exposait au Bois de Boulogne. Un bien grand honneur pour ma famille.



Au début du vingtième siècle (1903), les pêcheurs de morue, les fameux "Pêcheurs d'Islande", revenaient parfois à leur port d'attache avec un poulain islandais qu'ils avaient troqué dans les villages littoraux contre un baril de 20 litres de vin.

Ce n'était pas cher payer la vie de mes cousins…

 

Depuis les années 1950-60, on nous exporte de plus en plus vers l'Europe continentale pour une pratique de compétition et de loisirs.

Le Gæðingakeppni est un concours très populaire en Islande et est en passe de le devenir en Europe continentale.

Photo : Landsmot.is

En voiture ou en traîneau, l'attelage est une discipline dans laquelle, nous les  Islandais sommes également très appréciés.

Actuellement, 6000 chevaux islandais vivent en France (la plupart résident en Alsace et dans le Nord-est de la Lorraine) et 40 000 en Allemagne.

 

Voilà, vous connaissez un peu mieux l'histoire de ma famille.

J'espère rester à jamais sur mes terres islandaises.

 

Svali

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Philippe 16/09/2011 11:04


Je viens de lire ton histoire, Svali.

Je possède deux de tes cousins chez moi, un poulain de 10 mois, Ári, et un adulte de 9 ans, Ófeigur.

J'espère, oui, que tu resteras à jamais sur tes terres islandaises. Quant à moi, je fais de mon mieux pour rendre la vie de tes deux cousins la plus agréable possible.

Amicalement.

Philippe.


Myriaðe 24/09/2011 21:48



Merci Philippe,


ne pouvant recevoir mes cousins, ni venir leur rendre visite, transmets leur toutes mes amitiés


 


Svali



Présentation

  • : Le blog de Myriaðe
  • : Tous mes voyages en Islande
  • Contact

Profil

  • Myriaðe
  • Je suis atteinte d'Islandite aigüe, maladie incurable, mais je me soigne par des séjours répétés en Islande, où je me gave de skyr comme mon avatar Skyrgámur...
  • Je suis atteinte d'Islandite aigüe, maladie incurable, mais je me soigne par des séjours répétés en Islande, où je me gave de skyr comme mon avatar Skyrgámur...

Rechercher