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4 novembre 2009 3 04 /11 /novembre /2009 16:01

Photo : Ifremer


Le hareng a joué un rôle majeur dans la vie des Islandais pendant le XX° siècle et sans lui, l’Islande n’aurait certainement pas pu se développer en cette société moderne que nous connaissons aujourd’hui.

Au début du XX° siècle, les pêcheurs et les armateurs modernisent la pêche à la morue et au hareng grâce aux bateaux à moteurs et aux nouveaux outils.

Durant les années de dépression mondiale, vers 1930, l’Islande acquiert  une certaine aisance.

En 1944, l’Islande peut devenir indépendante après 500 ans sous la souveraineté danoise grâce aux ressources halieutiques.

Tout a commencé à la fin du XIX° siècle, lorsque les Norvégiens vinrent pêcher le hareng dans les fjords de l’est et du nord et à exporter de gigantesques quantités vers leur pays.

Des armateurs norvégiens, flairant la bonne affaire, achetèrent des parcelles sur le rivage face aux bancs de poissons.

Ils construisirent des maisons, appontements et entrepôts.
Les Islandais firent de même et en 1881 exportèrent leurs premiers tonneaux de larengs salés vers l'étranger.
 

Les Norvégiens expérimentèrent avec succès les filets dérivants.

Les habitants de Siglufjörður parlent souvent des deux colonisations par les Norvégiens : la première quand le viking Þormoður Ramni s’y installa vers l’an 900 et la deuxième quand, mille ans plus tard en 1903, fut construit le plus connu des villages de hareng du monde.

En quarante ans, ce nouveau petit village devint la quatrième ville du pays avec ses trois mille habitants. Tout tournait autour du hareng, il était salé dans vingt cinq centres et transformé dans cinq usines.








Siglufjörður en 1946











Photo : musée du hareng Siglufjörður

A cette époque le port le plus important de tout le pays était Siglufjörður, des baraquements, des quais et des usines se construisirent dans le fjord.

Plusieurs fois l’exportation du hareng fut plus du quart de toute l’exportation brut du pays.

Dans ce "Klondyke" de l’Atlantique Nord régnait une vraie ambiance de chercheurs d’or. Les négociants-armateurs de hareng arrivaient là et repartaient parfois milliardaires, parfois ruinés et des ouvriers par milliers sont venus y chercher fortune et travail.

Durant les deux guerres, le hareng en saumure était une nourriture appréciée.







Tonneaux de harengs en saumure








Photo : musée du hareng Siglufjörður

Le hareng non salé était brûlé dans les fours pour obtenir de la farine utilisée comme alimentation animale ou comme engrais ou huile pour le savon.

Quand il faisait mauvais, des milliers de bateaux de différentes nationalités restaient en rade dans le fjord.

La vie dans la ville était celle d’une grande ville en effervescence. Sur le cercle polaire, il n’y avait guère d’autre endroit aussi vivant, gai et coloré, presque mondain !!

De bonnes et de mauvaises années de pêche se succédèrent, les bonnes étaient les plus fréquentes.
Après une mauvaise époque de pêche dans les années 1950, le hareng se pêcha mieux que jamais ensuite.

Les Islandais devinrent les pionniers pour développer une nouvelle technique que les autres pays adoptèrent par la suite.

De grands navires en métal remplacèrent les petits bateaux en bois. Ils étaient équipés de puissants winch et palans mécaniques, mais la révolution majeure était le sonar, qui permettait de repérer les bancs sous la surface.

Durant cette époque, la pêche se déplaça vers l’est.
En 1965, la mer s’étant brusquement refroidie, on ne pêchait plus du tout dans le nord.

Malheureusement, en 1969, le hareng a totalement disparu d’Islande car sur-pêché et toute l’économie s’est effondrée. Les coupables étaient les Norvégiens, les Islandais et les Russes.

La disparition du hareng était un coup très dur pour l’Islande, autant sur le plan économique, social et culturel, pour les centres du hareng comme pour la nation toute entière.

Après des années de prospérité jamais connues de toute son histoire, la chute était grande.
L’épopée du hareng s’achevant si brusquement, il fallut bien chercher d’autres alternatives. Très tôt dans les années 1970, une nouvelle technique pour pêcher la morue et le capelan se développa permettant de sauver l’économie et la vie des bourgades de pêche.

Le hareng est revenu 27 ans plus tard. Le stock islandais-norvégien semble avoir retrouvé son équilibre après une protection totale des jeunes harengs dans les frayères des fjords norvégiens.
De très grands bancs de harengs ont repris leur migration traditionnelle vers les grandes fosses d’engraissage de la mer d’Islande.



Le hareng saur


Poème de Joris-Karl Huysmans (1848-1907) Recueil : Le drageoir aux épices

Ta robe, ô hareng, c'est la palette des soleils couchants, la patine du vieux cuivre, le ton d'or bruni des cuirs de Cordoue, les teintes de santal et de safran des feuillages d'automne !
Ta tête, ô hareng, flamboie comme un casque d'or, et l'on dirait de tes yeux des clous noirs plantés dans des cercles de cuivre !
Toutes les nuances tristes et mornes, toutes les nuances rayonnantes et gaies amortissent et illuminent tour à tour ta robe d'écailles.
A côté des bitumes, des terres de Judée et de Cassel, des ombres brûlées et des verts de Scheele, des bruns Van Dyck et des bronzes florentins, des teintes de rouille et de feuille morte, resplendissent, de tout leur éclat, les ors verdis, les ambres jaunes, les orpins, les ocres de rhu, les chromes, les oranges de mars !
Ô miroitant et terne enfumé, quand je contemple ta cotte de mailles, je pense aux tableaux de Rembrandt, je revois ses têtes superbes, ses chairs ensoleillées, ses scintillements de bijoux sur le velours noir ; je revois ses jets de lumière dans la nuit, ses traînées de poudre d'or dans l'ombre, ses éclosions de soleils sous les noirs arceaux !

 

 

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  • Je suis atteinte d'Islandite aigüe, maladie incurable, mais je me soigne par des séjours répétés en Islande, où je me gave de skyr comme mon avatar Skyrgámur...
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