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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 12:11

Lundi 27 juin

 

Il pleut.

Nous avons passé une excellente nuit grâce aux rideaux épais.

Délectable petit déjeuner avec saumon fumé. De la fenêtre de la salle à manger, nous voyons l’usine de fumage alimentée par la géothermie.

Après avoir appelé le 1777, notre hôtesse nous informe que la piste F208 est totalement ouverte.

Nous voici rassurés, car le 16 juin, jour de notre départ, elle n’était que partiellement accessible  et le 17 juin notre hôte nous avertissait que la neige avait bloqué une partie déjà dégagée.

Nous voici partis vers Landmannalaugar et l’Eldgjá l’étape qui me soucie le plus.

12-Pjor

 

 

 Après quelques kilomètres au milieu des prairies, nous empruntons la 32 et longeons la Þjórsá ; la rivière, surplombée par le mont Hekla (montagne au manteau), s’étire en larges méandres parsemés d’îlots colonisés par les lupins.

 

 

 

 

12-Stong.JPG

 

 

  Nous nous dirigeons vers la reconstitution de la ferme de Stöng, le Pompéi nordique.

Cette « maison longue » viking était habitée par Gaukur Trándilsson dont la saga a disparu, mais il en est fait référence dans la saga de Njáll le Brûlé.

 

 

 

En 1104, le volcan se réveilla et ensevelit la ferme et la vallée sous une abondante couche de cendres. Les archéologues mirent à jour la ferme en 1939. Ces excavations permirent de fournir de précieux renseignements concernant l'architecture viking de XII° siècle.

Celle que nous visitons en est une fidèle reconstitution, l’original se trouve à quelques kilomètres, à Skeljastaðir.

Les fondations sont en basalte, les murs en tourbe et le toit est recouvert d’herbe. Le bâtiment principal comporte deux pièces contiguës. Les dépendances (sanitaires et laiterie), accolées de chaque côté du bâtiment principal forment une croix.

Nous franchissons la  Þjórsá , traversons un sandur noir et rocailleux , longeons un chapelet de barrages hydroélectriques et bifurquons par la 26 vers Hrauneyjafoss où nous faisons le plein , bien plein pour ne pas se trouver à court, comme hier. La station, située au milieu de nulle part, est mitoyenne à un hôtel constitué d’algéco verdâtres accolés. C’est lugubre.

Nous  sommes à la croisée de deux pistes célèbres : le Sprengisandur et le Fjallabak.

Pour nous,  c’est la F208, le Fjallabak de sinistre réputation qui nous attend, les choses sérieuses commencent

La pluie cesse dès que nous nous engageons sur la F208.

12-Fjalla1 12-Fjalla-2

Les montagnes qui nous entourent passent du noir mat du basalte au noir de jais brillant de l’obsidienne, les coulées de lave rhomboïdales noires truffées de cristaux  scintillent sous le soleil qui succède à la pluie.

12-montagne4 12-lac1

12-montagne1- 12-montagne3

Les mousses vertes fluorescentes zèbrent les flancs ocre, rose, rouille, vert, gris, brun,  jaune de ryolithe. C’est sublime. Il n’y a absolument personne, nous sommes les seuls rescapés de « la fin du monde ».

12-montagne2

Hypnotisés par tant de beauté, nous contemplons le spectacle changeant.

Quelles merveilles.

Une petite pluie fine et un vent coulis nous glacent les os.

 

Nous bifurquons vers le lac Ljótipollur (Infâme bourbier) malgré la désapprobation de Jean-Louis qui n’en mène pas large.

Arrivés au bord, nous nous extasions et Jean-Louis est obligé de reconnaître que c’eût été dommage de ne pas y aller voir.

Un lac bleu-vert sommeille au fond du cratère. Les flancs sont blanc, vert, noir, turquoise, ocre, gris, rouge, pourpre…

 12-Ljo pano

Nous nous arrachons à regret de cette splendeur et découvrons une montagne dont le décor fait marcher notre imagination. Chacun y voit un personnage différent.

12-figureNous nous arrêtons au bord du lac Frostastaðavatn et nous émerveillons encore devant toutes ces couleurs plus délirantes les unes que les autres, on dirait qu’un peintre fou y a écrasé tous ses tubes et que la peinture a giclé partout.

12-Frosta1 12-Frosta2

Le champ de lave de Laugahraun a pour origine une éruption au XV° siècle.

12-Laugarh1 12-Laugh2

Sous un timide soleil, nous franchissons les deux gués qui nous séparent du camp de Landmannalaugar (la vallée où les hommes se baignent nus). Le niveau de l’eau est assez élevé, mais nous passons.

L’eau est tiède et je patauge avec plaisir dans la petite rivière qui mène au camping.

Un groupe de septuagénaires allemands vêtus comme Baden Powell s’escriment à monter une gigantesque tente. Le « planté de sardines » dans la caillasse n’est pas aisé !!!

12-bus

  

  

 

 

 

 

Nous allons faire provision de cartes postales dans le vieux bus vert qui sert d’épicerie.

 

 

 

 

 

 
12-Land6

 

 

 

  

Jean-Louis escalade la coulée de lave pendant que nous allons voir de plus près de quelle roche verte est composée la montagne que gravissent des randonneurs.

 

 

 

 

Maints bras de la rivière nous barrent la route, mais nous disposons des cailloux pour nous servir de gués.

Nous touchons la colline et nous sommes ébahis de constater qu’il s’agit de sable fin et friable. Une dune du Pyla verte.

12-Land8 12-Land13

12-Land7

 

 

 

 

 

Je "grave" mes initiales qui s'effaceront dès la première pluie ou le premier coup de vent et nous repartons retrouver Jean-Louis.

 

 

 

Nous contemplons les ryolithes* polychromes du mont Brandsgil et les fumerolles de Brennisteinsalda.

12-Land1 12-Land4

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Un dernier regard sur Landmannalaugar qui restera gravé dans notre mémoire.

12-Land11 12-Land12

En avant pour l’Eldgjá.

Une fois les deux gués franchis, nous reprenons la F208. La route est de plus en plus mauvaise. Si nous avons croisé quelques autocars 4 X 4 aux abords de Landmannalaugar, ici, la route nous appartient.
Zut, nous avons oublié de visiter les « toilettes les plus chères du monde » (voir  saga des
Gilabert).

 

La route surplombe les méandres d’une rivière, la vue est spectaculaire. 

12-meand1 12-meand2

Des mousses en tapissent les bords.

12-mous2 12-mous1

12-panor

 

 

 

 

 

 

 

Un panorama à couper le souffle.

 

 

 

 

Les gués se succèdent. Certains étroits et peu profonds, d’autres un peu plus profonds mais clairs. Le onzième nous laisse perplexes, mais nous passons sans que je ne me déchausse ; les quinzième et dix-septième sont bien larges mais notre « grande expérience » nous incite à traverser. Aux vingt-trois et vingt-quatrième, ça se corse, c’est large, ça bouillonne, l’eau est boueuse. Personne à l’horizon. Je me déchausse et fais trempette. Aujourd’hui l’eau est plus froide que d’habitude.

Il me faut plusieurs minutes pour trouver le passage, le niveau de l’eau est élevé et le lit de la rivière est plein de trous. Après quelques atermoiements, Nicolas, pas trop rassuré, franchit les deux gués. Nous avons vaincu la rivière Skaftá.

12-gue

Enfin, nous sommes devant  l’Eldgjá (la faille du feu). C’est la plus longue faille éruptive du globe (35 kilomètres environ) dont l’éruption remonte à 934.

12-fail

En 1956 le géologue B.C. Heezen établit la carte détaillée des fonds de l'Atlantique Nord, plus exactement de la dorsale médio - océanique (en 1873 on parlait déjà d'elle !!!). Le géologue venait de découvrir l'une des plus grandes fractures de l'écorce terrestre. Elle s'allonge de l'Islande jusqu'en Antarctique où elle décrit un "S ». On a du mal à l’imaginer.

Personne  pas âme qui vive, nul humain, nul oiseau, nul insecte ; le silence total, c’est comme si nous étions les seuls rescapés d’une catastrophe nucléaire.

Nous avons du mal à nous imaginer qu’à notre gauche se trouve la plaque tectonique américaine et qu’à notre droite se dresse la plaque européenne. Les bords s’éloignent de deux centimètres par an (c’est la dérive des continents). Et si c’était aujourd’hui ? Nous avons beau écarquiller les yeux, rien ne bouge …

Nous pique-niquons dans le rift devant ce spectacle insolite.

Il est déjà 16 heures, nous avions projeté de rendre visite à la cascade d'Ófærufoss qui s’élance de la lèvre nord-ouest de la faille, mais l’accès avec le 4X 4 en est interdit, il faudrait s’y rendre à pied et la balade dure 1h15.

Question : Si nous rebroussons chemin, 1l y a 24 gués à franchir ; les deux premiers difficiles, et  trois tangents. Faut-il revenir par Landmannalaugar, sachant que nous allons traîner pour admirer le paysage, ou faire le tour par le sud ?

Le sud nous semble plus raisonnable. C’est certainement plus long, mais c’est plus sage.

Nous traversons les deux premiers gués avec un petit pincement au cœur.

 

12-Skarf

 

 

 

 

 

 

Nous franchissons quelques gués dérisoires et plongeons vers la N1 par les monts Skaftartunga.

 

 

 

De l’herbe, des moutons, des vaches, des chevaux, des fermes, toutes ces choses  que nous avions oubliées !!!!!

Sur la N1, en une heure, nous ne croisons, ni ne doublons aucune voiture, pas âme qui vive.

Naturellement, de Vík à Hvolsvöllur, la pluie nous accompagne.

Retour à notre gîte d’Efsti-Dalur à dix neuf heures.

Nous dînons dans notre chambre et allons nous délasser dans le hot-pot. La pluie refait son apparition, mais nous sommes abrités sous le balcon.

Recrus de fatigue, nous nous glissons sous la couette douillette et nous remémorons cette journée inoubliable.

 

* Si vous voulez en savoir plus, voir le chapitre Géologie  

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  • Je suis atteinte d'Islandite aigüe, maladie incurable, mais je me soigne par des séjours répétés en Islande, où je me gave de skyr comme mon avatar Skyrgámur...
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