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27 septembre 2009 7 27 /09 /septembre /2009 23:36

Mercredi 17 juin

 

Nuit paisible à Kirkjuból troublée seulement par le bla-bla des huîtriers.

J'attache fermement le drapeau islandais au rétroviseur et nous partons petit-déjeuner.



La maman a tout préparé dans des boîtes hermétiques et la petite n'a eu qu'à les ouvrir. Elle a fait chauffer le lait, l'eau et le café mais a oublié le lait froid. Faute de lait, je prendrai deux fois du súrmjólk (il faut bien trouver une excuse…).
Nous partons en direction d'Hólmavík pour rejoindre la côte du Strandir baignée par l'immense Húnaflói.

Les maisons d' Hólmavík ne sont pas pavoisées, rien n'indique qu'en ce 17 juin c'est la fête nationale, notre 14 juillet à nous.

Nous pensions croiser un défilé, rien de tout ça.
Il fait frisquet ce matin : 4°, le vent souffle et le Steingrímsfjörður n'est pas aussi calme qu'hier. Les vagues se cassent sur les écueils provoquant des éclats d'écume blanche.


Notre drapeau qui claque au vent fait fuir les brebis et agneaux à notre approche.



A Hveravík (la baie bouillante), quelques kilomètres avant le village de Drangsnes, ça fume au bord de la route et en face dans la mer où eiders et canetons profitent de cette bonne eau tiède venue du fond de la terre.



Drangsnes, fin de la route goudronnée. Les couleurs ont été hissées sur les maisons.

Nous assistons au lever du drapeau officiel au croisement de la route qui mène à la piscine.

En France, dans chaque village, on trouve un bistrot ; en Islande, même dans une bourgade de 80 âmes comme ici, c'est une piscine…


Nous disons au revoir au petit phare jaune de Grímsey et continuons notre route qui longe la côte battue par le vent.



Toutes les maisons ont été abandonnées. Ne restent que de rares fermes et sumarhús.

Voici le Bjarnarfjörður (fjord des enfants). Du bois flotté jonche les grèves ainsi que de vieux bidons et filets de pêche jetés là par quelque tempête. Le bois flotté a même traversé la route, c'est dire la violence du vent et des flots.



Ici, c'est le domaine des pluviers dorés et des lagopèdes ; quelques huîtriers fouillent les vasières.


Au bout du fjord, une annexe du musée de la sorcellerie d'Hólmavík. C'est fermé en ce jour de fête nationale. On y trouve également deux vénérables maisons en tourbe et un bain naturel du XII° siècle.




Une grande piscine alimentée par l'eau chaude prodiguée par Dame Nature jouxte l'hôtel de Laugarhóll.

L'eau du bout du fjord est d'argent comme du mercure, plate, sans vague, sans ride, on dirait que la montagne fume comme s'il venait de s'y produire une éruption. Tout est gris. Il va pleuvoir d'ici peu.

Dans le fjord une multitude de boules rondes est posée là, venus d'on ne sais où, comme une myriade de têtes de phoques hypothétiques. Ce ne sont que des cailloux…



Les côtes sont de plus en plus déchiquetées, les vagues de plus en plus grosses, le vent de plus en plus violent.


Le brouillard descend doucement des Balafjöll.


Nous nous disons que les sorciers ont préparé la soupe magique et ont soulevé le couvercle de la marmite, d'où cette vapeur. Ils nous attendent pour nous y plonger.


La petite baie de Kaldbaksvík est déserte.


Toutes les maisons sont indiquées sur la carte entre parenthèse et barrées sur les panneaux. Rien, pas un oiseau, pas un mouton, pas une voiture croisée depuis Drangsnes ; que nous.

Les grèves sont envahies de bois flotté : fortune de mer.

Perçus comme un don de Dieu, car chaque jour ramené sur la plage par les puissants courants venus de Sibérie, maintes églises ont été édifiées grâce à cette ressource inépuisable.

A partir du refuge d'urgence fortement haubané situé au fond du fjord de Veiðileysa, nous sommes entourés d'un épais brouillard. On ne rigole plus avec les sorciers. On n'y voit rien de rien. Heureusement que des poteaux jaunes sont plantés au bord du précipice pour nous indiquer la route. Ça grimpe de plus en plus, la neige est de plus en plus présente. Il pleut, on n'y voit goutte. C'est ça la véritable Islande, nous commencions à en avoir assez de ce beau temps depuis neuf jours !!!

Nous croisons trois voitures d'un seul coup ; c'est bien le moment !!!

Nous descendons vers le Reykjarfjörður et le brouillard se délite un peu.

Nous apercevons à peine l'ancienne usine de traitement du  poisson où nous sommes attendus.


Quand il voit l'état du bâtiment, Jean-Louis est désespéré, je lui laisse croire que c'est ici que nous allons dormir.



Nous faisons le tour du bâtiment et arrivons devant l'hôtel Djupavík, une jolie bâtisse rouge et blanc surmontée d'un grand balcon.



Nous dormirons dans l'ancien dortoir des femmes (Kvennabragginn) rénové par Jóna notre hôtesse et son mari.


Nous occupons une des chambres du premier étage qui accueillait alors six saleuses de harengs.


A l'époque, il n'y avait certainement pas de lavabo dans un coin  ni salles de bains dans le couloir ni de salon bibliothèque accueillant.

Au rez-de-chaussée, le restaurant décoré d'objets anciens. On nous sert une délicieuse soupe de tomates. De quoi nous réchauffer. Nous allions repartir lorsque Jóna nous indique qu'elle jouera l'hymne national à 14h au saxophone et qu'il y aura un défilé.

Si je m'attendais à ça au bout du monde !!!

J'imagine déjà la fanfare au grand complet, Monsieur le Maire dans son beau costume, les dames en habit traditionnel, les enfants agitant les drapeaux, pas les majorettes, mais presque.


13h59, Jóna remet un drapeau à son fils et aux deux petites filles des touristes qui logeaient avec nous à Kirkjuból et le défilé commence :



Jóna en tête qui joue les hymnes au  saxophone, se battant avec le vent et les pinces à linge qui maintiennent ses partitions, suivie de son fils et des six touristes présents.

Cent mètres aller, cent mètres retour.

Et ça se termine ainsi sous les applaudissements chaleureux des participants.

C'est idiot, mais je trouve que c'était particulièrement émouvant cette fête nationale et cette ferveur qui s'en dégageait, dans ces conditions extrêmes, isolés, ventés, sous la pluie battante.
Je m'en souviendrai longtemps de ce 17 juin islandais.

La pluie ne cesse pas, nous partons en direction de la rive nord du Reykjarfjörður.

Le brouillard est plus diffus mais nous ne distinguons pas grand-chose de l'autre côté du fjord.

A mi-chemin de Gjögur, la piste se coule entre la montagne et les rochers qui, tels des trolls surgis de la brume, semblent vouloir nous enserrer.


La route grimpe en corniche et le brouillard nous cache les rives du Reykjarfjörður. Ça tombe bien, comme il n'y a plus de piquets jaunes nous ne voyons pas le vide.


Le brouillard se dissipe et nous distinguons la neige. Elle est partout : sur les flancs des montagnes, dans les fossés et même sur la plage. Un 17 juin…



Encore et toujours du bois flotté sur le rivage, ici, il sert d'abri aux moutons.



Sur la baie de Trékyllisvík, la brume est tellement dense qu'on ne distingue même pas l'île d'Arnesey où vit une des plus abondantes colonies d'eiders d'Islande.

Sur la mer déchaînée, quelques familles de canards se font chambouler par les vagues puissantes.


Nous nous arrêtons à Arnes visiter le musée de Kört. Je pensais que l'on pouvait voir une collection d'objets confectionnés en bois flotté mais c'est un recueil d'outils et ustensiles ménagers usuels retraçant la vie des Islandais au début du XX° siècle.




Après ceux de Skógar et Hnjótur,  celui-ci paraît bien petit.

Nous bifurquons enfin sur la piste qui conduit à Krossnes (le cap de la croix) puis à la piscine de Krossneslaug (les bains du cap de la croix).


Nous sommes un peu déçus car il y a déjà deux voitures garées sur les galets et nous apercevons six personnes barbotant dans l'eau fumante.



Nous descendons par la piste cailloutée (à ne surtout pas faire) et remontons illico prêts à nous faire aider par les baigneurs en cas de besoin.

Le temps d'effectuer toutes ces manœuvres et les nageurs rejoignent leur véhicule.

A nous Krossneslaug !!!


Après avoir glissé nos 250 ISK réglementaires dans la tirelire, nous nous déshabillons et filons sous la douche bien chaude pour nous savonner aux endroits stratégiques expliqués par une affichette différente de celles vues en 2005 et 2006.




Ici, bien que situé au bout du monde, tout est nickel, chauffé, tous les produits destinés à la et aux toilettes sont en place.

Puis nous nous précipitons dans l'eau fumante à 38°.

Que c'est bon cette eau bien chaude alors que la température de l'air n'est que de 2°.

Ça fait un bien fou, ça dénoue les muscles tendus par la route empierrée.

Vue sur la mer démontée et les bois flottés.

Une brebis et ses deux agneaux nous espionnent depuis le haut de la butte.

Je tente de faire la planche, mais c'est plutôt le fer à repasser. Cette eau n'a aucune portance.

Ça sent le soufre et le chlore.


La brume tombe de plus en plus se confondant avec la vapeur dégagée par la piscine.

Nous disparaissons peu à peu. Les sorciers et les trolls ont eu raison de nous;



C'est irréel, fantasmagorique, féérique, surnaturel cette sensation de douce torpeur à côté des éléments déchaînés.

Nous reprenons la même route qu'à l'aller et nous arrêtons à Norðurfjörður au bord du fjord éponyme.

C'est un port composé d'une maison d'hôte, d'une épicerie-station service-banque et d'un café.

Déprimant par ce temps !!!


Nous nous arrêtons à Arnes pour photographier les deux églises qui se font face.

Une traditionnelle et une moderne, pour une poignée d'habitants...





Attaque en règle par les sternes.





Je lève le bras muni de l'appareil photo pour m'en prémunir et en profite pour essayer de leur tirer le portrait. Le temps est si couvert que l'appareil met un temps fou à se déclencher et les sternes sont déjà loin lorsque la photo se prend.

Si elles m'avaient laissée gentiment passer, ça n'aurait pris que 30 secondes, là, j'y ai passé plus de 5 minutes et je suis trempée.


Retour bien au chaud à Djupavík.



Le repas nous attend : une délicieuse soupe aux champignons suivie de morue à l'islandaise et de skyr aux myrtilles. De quoi nous remettre des émotions de la journée.


Nous sommes épuisés et montons dans notre chambre douillette d'où nous voyons la mer furieuse se briser sur les rochers et la pluie cingler nos fenêtres.



Nous nous endormons en revivant cette fête nationale étrange et cette piscine du bout du bout du monde.

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  • Je suis atteinte d'Islandite aigüe, maladie incurable, mais je me soigne par des séjours répétés en Islande, où je me gave de skyr comme mon avatar Skyrgámur...
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